Ratignol, "As" du cinéma.

 

Notez dès le titre, la toute relativité du qualificatif  "As", mis volontairement  entre guillemets. La première illustration nous montre en effet un homme flottant  dans sa  redingote noire, aux épaules tombantes et à la moustache de souris...Un As certes, mais plus de pique que de coeur!

Pourtant, Ratignol...    Quelle savoureuse association de rat et de campagnol...   quel sympathique voisinage homophonique avec l'illustre Pagnol, le choix de ce nom ne manque décidément pas de pittoresque.

 

N.B:  l'intrigue se déroule à Paris, en Italie, mais aussi sur la côte d'Azur, plus précisement Nice. Le producteur de M Ratignol a l'intention d'y installer ses futurs studios, de manière  à rentrer directement en compétition avec son principal concurrent. Même si le nom de ce dernier n'est pas cité, il s'agit évidemment des "studios de la Victorine".

On peut au moins  reconnaitre à l'auteur  un réel talent, celui d'avoir trouvé un titre accrocheur.

Car la suite est moins réjouissante.

Le cinéma, pardonnez cet involontaire mot d'esprit, ne constitue qu'une lointaine "toile de fond", un simple prétexte à histoire. Le livre est avant tout moralisateur, et l'intrigue  pleine d'un charme notablement désuet.

Le style l'est tout autant: par exemple, réprimander se dit de façon diverse au fil des pages.. agonir, gourmander... morigéner! Jeunes lecteurs d'aujourd'hui, à vos dictionnaires!

Sur un total de 22 illustrations, très belles au demeurant, une seule comporte une référence explicite au cinéma (caméra sur trépied). Quant au texte, 10 pages au maximum  contre 76 que comporte l'ouvrage évoquent directement ou indirectement ce qui constitue pourtant un élément essentiel du titre.

 

Le livre présente néanmoins un certain intérêt:

1/ il a été écrit en 1928. Or l'auteur a aucun moment ne mentionne la toute récente révolution du parlant (1927). Le film de M Ratignol, qui d'après le producteur connaîtra un succès international par la hardiesse de son nouveau langage cinématographique, sera résolument muet!

2/ Conforme à l'esprit pacifiste et mondialiste d'alors (SDN), Madeleine de Genestoux introduit dans son récit de charmantes demoiselles anglaises et russes, francophiles et francophones. En revanche, les italiens sont plusieurs fois décrits comme sales, couards  et voleurs, même si l'un des protagonistes vient timidement contrebalancer cette fâcheuse réputation par un appel à la non généralisation...

Anglo-saxons, russes et français.. voila qui préfigure déjà l'union des Alliés face à l'Axe.

3/ Le livre  rappelle bien aux jeunes filles et aux garconnets quelles seront plus tard leurs places respectives dans la société.Ce formatage, classique dans les oeuvres pour enfant professe  également de "bons conseils", témoigne de "bons exemples"  persillés de sentiment religieux (les enfants sont sauvés providentiellement, certes par une intervention humaine, mais après  avoir récité un "pater noster").

4/ Le personnage de Gustave, fils ainé de M Fiquet, symbolise  le renouveau du cinéma, et dessine l'avant garde d'une approche plus réaliste. Est-ce un hasard si ses premiers essais s'opérent.. en Italie...?

 

Auteur: Madeleine du Genestoux (éditrice chez Hachette, elle démissionna de ses fonctions lorsque les forces d'occupation lui demandèrent de collaborer en 1942).

 

Illustrations: Henry Morin.

 

Editeur: Hachette

 

Année de parution: 1928.

 

Descriptif: superbe reliure cartonnée imitation cuir. 76 pages et 22 illustrations N&B.

 

Résumé:

Tromble, célèbre producteur parisien, dépêche urgemment ses deux meilleurs metteurs en scène salariés,  Ratignol et Fiquet, l'un dans le sud de la France, l'autre en Italie,  pour tourner des films sur les sujets de leur choix. Celui qui aura aux yeux de la direction  réussi le meilleur film sera alors promu associé de M Tromble.

Les deux compères rejoignent immédiatement  les lieux de tournage accompagnés de leurs familles. M Fiquet prend toutefois avec lui le fils de M Ratignol - Isidore -  personnage diabolique qui, à l'insu de son père, s'ingéniera à saboter la réalisation du film de Fiquet.

Fiquet par le plus grand des hasards se retrouve impliqué dans des situations périlleuses qui se révèlent d'un grand intérêt filmique. Malheureusement, toutes les bobines s'avéreront voilées au montage...

En revanche, le film de Ratignol a pour principal mérite de rester le seul en compétition. Ratignol remporte donc le concours, non sans amertume eu égard à l'injuste défaite de son ami... "à vaincre sans péril on triomphe sans gloire!"...

Tout devant bien se terminer, surtout au regard de la morale,  le lecteur apprend dans un épilogue à la Agatha Christie qu'un 3ème film a été tourné en marge des deux autres par un des fils de M Fiquet, Gustave. Projeté devant l'assemblée des familles, et du personnel de la maison de production, ce métrage relate  toutes les péripéties auxquelles les  Fiquet ont été confrontés, et surtout.. dévoile que l'instrument du destin n'était autre qu'Isidore Ratignol!

La vérité rétablie, le coupable repenti, l'honneur des adultes sauf, M Tromble décide alors de prendre le duo Fiquet-Ratignol comme associés.

Fin!