Bobby in Movieland 

 

J'ai reporté par deux fois la lecture de ce que je pensais être - à tort- un lourd pensum.

 

Or,  ma surprise fut de taille lorsque je découvris que l'ouvrage me conduirait par de jolis détours à Jackie Coogan, le Kid du film éponyme de Charlie Chaplin (USA.1921).

 

 

Le livre a été écrit en 1921 par un révérend, le père Francis J FINN (1859/1928), et publié par un éditeur catholique new-yorkais originaire de Suisse, les Benziger Brothers.


 

Se dégage très rapidement du propos qu'il ne peut y avoir d'autre croyance qu' en la seule église catholique et romaine!

 

A cet égard, l'auteur englobe dans la catégorie des  non croyants, certes les athées mais aussi les autres chrétiens (protestants, anglicans etc.).

 

En bon œuvre de prosélytisme, la morale y est omniprésente, et l'action toujours placée sous le signe de la Divine Providence.

 

Tout cela s'avèrerait plutôt rébarbatif, tout du moins en ce qui me concerne,  si au final l'ouvrage n'apportait pas un éclairage intéressant sur son époque:

  

- le côté désuet: les automobiles s'appellent  dans le langage courant  "machines", et roulent à la prodigieuse vitesse de 45 miles/heure!!!

- la vie des acteurs et actrices de cinéma y est dépeinte comme parfois scandaleuse (boisson, luxure, vitesse des "machines" etc. ). mais la rédemption n'est jamais loin pour qui sait retrouver le chemin de Dieu (sic).

L'ouvrage a été écrit en 1921, alors que venait d'éclater le scandale des fêtes orgiaques orchestrées par le célèbre comique Fatty Arbuckle, au cours d'une desquelles une jeune actrice a trouvé la mort (viol et meurtre). Pour rétablir la vérité historique, il importe de  rappeler que Fatty a été lavé de tout soupçon au terme d'un 3ème procès.

 

 

- un raffinement dans l'excès de politesse qui confine à une subtile érotisation des relations entre adultes, voire même vis-à-vis des enfants (par exemple, les enfants on toujours des "humid cupid lips", ou "bouches en cœur humides"). Il est vrai qu'en ces temps éloignés, on ne songeait pas à mal...

 

- contrairement à d''autres ouvrages catholiques, qui diabolisaient le 7ème art, Bobby in Movieland s'approprie le cinéma dans une optique d'évangélisation, préfigurant  ainsi la future position de l'Église sur cette question.

(ainsi, les studios de cinéma  Lantry (fictifs) ressemblent à un cloître (cloister) auquel on accède par un portail sacré (holly gate), l'étymologie de Hollywood proviendrait  de "hollycross", soit le bois de la croix de Jésus, le caractère muet du cinéma rappelle le silence des retraites religieuses etc.).

 

- le livre regorge d'informations techniques sur le monde du cinéma:

  • aucune des professions n'est oubliée dans l'intrigue  (acteurs, metteurs en scène, scénaristes,  cameramen, menuisiers, électriciens, secrétaires script-girls etc..).
  • en ce qui concerne les acteurs, la nécessité d'un jeu plus expressif est maintes fois répétée (exemple de la fille qui mâchouille face à la caméra du chewing gum à s'en décrocher la mâchoire. Or, le résultat semble plus naturel à l'écran) . Cette "réalité "accrue" se retrouvent également dans les maquillages (fond de teint blanc ou jaune, sourcils charbonneux à la façon du théâtre No etc...). L'auteur fait un bon jeu de mots en écrivant "real life and  reel life" (il y a la vie réelle, et la vie des bobines (reel en anglais). Pour garantir la véracité des images, le filmage doit être distordu à la façon des anamorphoses, ou déformations réversibles du réel. A la différence près que l'image n'est pas recomposée sur un tube réfléchissant, mais sur la froide planéité d'un écran de cinéma. 
  • Toujours sur le thème du jeu, l'acteur doit, pour conférer une grande sincérité à sa prestation, puiser dans son pathos personnel le sentiment requis par la dramaturgie (par exemple, Bobby pense à la perte de sa propre mère pour déclencher de vraies larmes).
  • la dimension économique de l'industrie du cinéma se présente régulièrement sous son aspect d'activité rentable. Par exemple, les directeurs de salle écourtent les "News of the world", ou actualités cinématographiques, de façon à augmenter la fréquence du nombre de projections dans la journée!

Là où le livre est encore plus intéressant, c'est qu'il s'inspire de deux personnages réels, le premier de façon directe, par reprise à l'identique  du nom, le second par analogies:

  • Bobby Vernon (1897/1939) a réellement existé. Il a débuté le cinéma à 11 ans dans des films comiques. Sa partenaire habituelle était Gloria Swanson. Intention ou simple hasard, la maman de Bobby se prénomme dans le roman "Barbara", tout comme la sœur du véritable acteur. Mais en 1921, le vrai Bobby Vernon a  déjà 24 ans, et il est plutôt connu pour ses comédies romantiques...

  • Bobby in Movieland a été publié fin 1921, soit quelques mois  après la sortie du "Kid" de Charlin Chaplin dans lequel apparaît le charismatique Jackie Coogan (février 1921).

    Au delà de la subordination chronologique du roman au film, qui accrédite la théorie de l'inspiration, les analogies sont multiples:

    • 1 Bobby a 8 ans lorsqu'il tourne "you hardly can tell", Jackie Coogan 7 pour " The kid".

      2 leurs parents sont comédiens.

    3 Tous deux se font remarquer pour leur extraordinaire talent d'imitateur, et leur impeccable exécution d'une danse réputée à l'époque: le "shimmy".

     

    4 Enfin, ils connaissent auprès d'un large public un succès fulgurant, et deviennent  ainsi les enfants-vedette les mieux rémunérés de leur temps.

    N.B: le saviez-vous..? Jackie Coogan fut dans les années 60 le très populaire "Uncle Fester" de la série télé: "Adam's family"!

     

     

     Donc, au final... un livre fort intéressant!

     

    Auteur: Francis J FINN SJ

    Année de parution: 1921

    Éditeur: Benziger Brothers. New-York.

     

    Illustration couverture et page intérieure: anonyme.

    Descriptif:  couverture en carton toilé. 206 pages.

    Résumé:

    Orphelin de père, Bobby Vernon est âgé de 8 ans. Il vit avec sa mère Barbara, une ancienne actrice de cinéma reconvertie depuis en infirmière à domicile.

    Son papa était également acteur. En authentique artiste bohème,  il n'a   légué pour tout héritage que de nombreuses dettes à son épouse... et un réel  talent de comédien à son fils.

     

    Alors qu'ils sont ensemble pour la journée  à Long beach (Californie), Bobby fait la connaissance sur la plage d'un fille à peine plus âgée que lui, Peggy.

    Les deux enfants s'entendent à merveille. Leurs jeux aquatiques se terminent pourtant de façon dramatique, lorsque Bobby est emporté par une lame de fond.

    Persuadée qu'il a péri noyé, Barbara sombre dans une dépression dont elle ne se sort que par la prière, et en se portant au chevet  de l'épouse malade d'un riche fermier.

     

    Bobby a en fait survécu aux remous qui l'avaient emporté au large, grâce à l'intervention miraculeuse d'un nageur expérimenté. Alors qu'il est en route pour rejoindre sa mère, il est  recueilli par John Compton, une étoile montante du cinéma muet.

    L'acteur prend l'enfant sous son aile, en se faisant passer pour son oncle. Comme il se doit, il lance une équipe de détectives sur les traces de la maman. Mais Barbara vit dorénavant à la campagne, dans un ranch isolé de tout.

    Ni les détectives, ni les télégrammes ne l'atteignent...

     

    En attendant, l'acteur héberge l'enfant chez lui, dans son luxueux appartement de Los Angeles.

     

    John Compton emmène l'orphelin  partout avec lui, même sur les  plateaux de tournage.

    Bobby impressionne immédiatement tout le personnel des studios Lantry. Après une danse et une imitation, iI se voit proposer un rôle dans une comédie, " You hardly can tell". Par un merveilleux signe du Destin, sa partenaire se trouve être Peggy, l'amie rencontrée sur la funeste plage.

    Si la bienveillance de John à l'égard  de son petit protégé n'est pas à démontrer, l'inverse est aussi vrai. Bobby, par sa candeur et sa bonté, replace doucement son ange gardien sur le droit chemin de la vertu. Célibataire volage et bambochard, John s'en était détourné après une déception amoureuse, il y a plus de 8 ans, lorsqu'une jeune actrice l'avait délaissé pour un homme plus vertueux...

     

    "You hardly can tell" est un immense succès, et aucune ville américaine, même la plus petite, n'échappe au phénomène Bobby!

    L'attente est si grande à l''entrée des cinémas que les directeurs de salle se voient contraints d'écourter les pourtant si appréciées actualités cinématographiques, de manière à accélérer le rythme des séances... une première!

    Entraînée à contre-cœur  par les enfants du riche fermier, Barbara Vernon découvre lors de la projection du fameux film que son fils est vivant.. et célèbre!

    Pleine de joie  et de gratitude envers le Seigneur, elle prend le premier train pour Los Angeles...

     

    Barbara y retrouve son fils, mais aussi son amour de jeunesse en la personne de....  John Compton!

     

    Pour nous résumer: Barbara a été déliée  de son premier mariage par la volonté de Dieu . Quant à John, il  a renoué avec  une vie respectueuse des canons catholiques.

    Plus rien ne s'oppose donc à leur union.

    L'acteur passe du statut d'oncle intérimaire à celui de père officiel... pour la plus grande joie de Bobby!

    FIN